Sports/tennis
Tennis

«Djokovic tient des propos dangereux. Il aurait dû se taire»

Le docteur genevois Boris Gojanovic a réagi aux propos controversés du No 1 mondial sur son éventuel refus de vaccination contre le coronavirus.

de
Sport-Center
mardi 21 avril 2020 à 10:00

Les propos de Novak Djokovic liés à la vaccination font réagir à travers le monde.

AFP

Le sujet est délicat. Novak Djokovic, le No 1 mondial, a cru bon de se projeter, faisant publiquement état, sur Facebook notamment, de ses positions possiblement antivaccin. Dans un sens large, comme dans celui, particulier, où un vaccin contre le coronavirus, qui aurait vu le jour, serait une condition pour voyager et participer aux tournois de tennis. «Moi, personnellement, je ne suis pas pour les vaccins. Je n'aimerais pas que quelqu'un m'oblige à me faire vacciner pour voyager», à lancé le Serbe en début de semaine. Liberté individuelle contre responsabilité collective?

Publicité

Le docteur Boris Gojanovic, médecin du sport à l’Hôpital de La Tour, membre de la Société Suisse de Médecine du Sport, a réagi aussitôt aux propos du tennisman. Dans un tweet qui laisse clairement comprendre combien cette prise de position du joueur le heurte. Nous l’avons contacté.

«C’est problématique, explique-t-il. Novak Djokovic a une audience considérable et ses opinions sur la question de la vaccination sont pour le moins controversées. Il tient des propos dangereux et aurait mieux fait de se taire. Il peut potentiellement induire des comportements. Je crois qu’il devrait faire preuve de retenue, parce que ce qu’il dit peut avoir une incidence sur la santé publique. Et c’est donc dur à accepter. J’espère que le public, au sens large, va se rendre compte de l’aspect inadéquat de ce genre de propos, de leur caractère absurde en pleine pandémie, alors qu’un vaccin contre le Covid-19 n’existe d’ailleurs même pas.»

Induire des comportements. Une autre manière de souligner que les déclarations de Djokovic influencent potentiellement beaucoup de personnes. Le Serbe est très suivi sur les réseaux sociaux: 8,7 millions de followers sur Twitter, 7,7 millions sur Facebook, 7,1 millions sur Instagram. «Ce n’est pas la première fois que Djokovic partage ouvertement certaines de ses croyances, relève le Dr Gojanovic. Il a évoqué ses régimes, notamment celui sans gluten. Eh bien il y a eu dans la foulée une explosion de cas de personnes se déclarant intolérantes au gluten ou voulant suivre le même régime que le Serbe.»

Publicité

L’interdire de compétition? «Absolument»

Cela pose évidemment la question de la liberté individuelle. «Le débat est vaste, admet le médecin. On ne peut pas forcer les gens à se vacciner. Mais cette position de certains peut avoir des conséquences graves, comme les cas de résurgence de rougeoles qui ont existé dernièrement. Il existe un mouvement qui pointe du doigt le danger des vaccins, dans la foulée d’Andrew Wakefield, un médecin anglais radié depuis, qui avait affirmé qu’une certaine vaccination était à l’origine d’une forme d’autisme. Ses publications ont été retirées, parce que tout était faux. Novak Djokovic peut penser ce qu’il veut de la vaccination, s’interroger, je n’ai pas de problème avec ça. Mais il n’a peut-être pas à s’en ouvrir sur les réseaux, particulièrement maintenant. Il faut faire attention quand on a une telle audience et que l’on s’exprime, alors que l’on sait que le propos est controversé. Parce que cela peut être dommageable et préjudiciable. C’est pour cela que j’ai réagi.»

Dans l’absolu, si un vaccin était trouvé et que pour contenir l’épidémie il devenait obligatoire pour ceux qui voyagent ou pour participer à un tournoi de tennis, que faudrait-il faire si Novak Djokovic refusait de se faire vacciner? L’interdire de compétition? «Absolument, tranche Boris Gojanovic. On ne peut pas l’obliger à se faire vacciner, il faut le respecter. Mais si cela devient une condition sanitaire pour que la pandémie soit éradiquée et qu’il s’y oppose, alors sa participation aux tournois devrait être reconsidérée.»

Publicité

Daniel Visentini